Les rites festifs du mythe du cocuage à la Renaissance par Maurice Daumas

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Les rites festifs du mythe du cocuage à la Renaissance par Maurice Daumas

Message  Admin le Mer 21 Avr - 21:39

Extrait des cahiers de la Méditerranée
http://cdlm.revues.org/index4369.html
La célébration des mythes identitaires
Les rites festifs du mythe du cocuage à la Renaissance
Maurice Daumas
p. 111-120


Le « Temps » du cocu
11Comme tout grand personnage, le cocu a son « temps », c’est-à-dire ses fêtes, bien répertoriées par Van Gennep et les folkloristes du XIXe siècle.

12 Le cocu a d’abord pour fête celles de ses saints patrons, que signalent quelques rituels : à Bar-sur-Seine, à la veille de la fête de saint Gengoul, les jeunes gens déposaient des fleurs jaunes à la porte des cocus. Dans le LIIIe arrêt d’amour de Martial d’Auvergne figure ce quatrain : « Le jour de Saint Arnoux / Patron des coux / On élit parmi nous / L’Abbé des fous. »A Amiens, pour la fête de la paroisse de Saint-Germain-l’Ecossais, les enfants du quartier apportaient à l’église une couronne de « coucous » (narcisses des bois ou primevères) en chantant : « Saint-Germain coucou, / C’est la paroisse des fous. »

13 La vraie fête du cocu correspond au cycle le plus licencieux, celui de carnaval. Juger, défiler et se déguiser sont les comportements les plus caractéristiques des manifestations carnavalesques. Les dates des fêtes circonstanciées varient à l’intérieur de la semaine grasse. Van Gennep signale ainsi un Dimanche des Cornes au Dimanche-Gras (Montpellier), une Fête des Hommes au Mardi-Gras (Carcassonne), une Fête des Cornards au mercredi des Cendres (Issoire), un Jour des coquards, cornars ou cocus le Jeudi-Gras (Indre-et-Loire). Les défilés les plus célèbres sont ceux qu’organisent les confréries de Conards à l’occasion de leur fête annuelle et du cycle de carnaval. Les activités des Conards correspondent à la fonction judiciaire de la royauté : les jugements, les proclamations, les accommodements. Beaucoup de confrères (notamment à Evreux et à Rouen) étaient des gens de justice. Maris et cocus (deux états amenés à se confondre) étaient la cible de la justice festive.

14 Mais la grande fête des cocus est l’asouade du temps de carnaval, le châtiment populaire des maris battus ou trompés. Les jeunes procédaient dans l’année à des procès burlesques où l’on jugeait (en leur absence) les hommes qui avaient failli à leur honneur en ne « tenant pas la culotte », c’est-à-dire en abdiquant leur pouvoir dans le ménage. On procédait plus tard (en temps de carnaval) à l’asouade. Le mari fautif (représenté par un voisin) était installé à l’envers sur un âne, dont il tenait la queue d’une main et de l’autre une quenouille. On le traînait dans tout le quartier, avec tintamarre et chansons, notamment sous les fenêtres du coupable. Comme pour le charivari (qui visait les couples inégaux), l’asouade était une fête de rue (mais en plein jour) et une fête de jeunes. Les groupements de jeunesse avaient pour fonction d’organiser les fêtes, de représenter la communauté villageoise et de veiller à un certain ordre moral, dont la première règle était le respect de la hiérarchie entre les sexes.

15 Les rites sont accompagnés de chansons. Parmi les thèmes qu’elles abordent, l’un d’eux, récurrent dans le folklore du cocuage, est celui de la grégarité des cocus. Un refrain, cité par Brantôme, dit : « Un cocu meine l’autre, et tousjours sont en peine ; Un cocu l’autre meine ». Le cocuage étant contagieux, les cocus (comme les fous) sont censés danser la ronde, en l’élargissant après chaque refrain. Le recueil de chansons populaires du Languedoc de Louis Lambert en contient plusieurs variantes

La Ronde des cocus (Languedoc) :
1. Deux cocus nous sommes trouvés, Le bon Dieu nous a loués / L’un autant que l’autre.
Dernier venu, va-t-en chercher Un autre.
2. Trois cocus…
3. Quatre cocus…

16 Au temps de carnaval fleurissent toutes sortes de rassemblements masculins. Les cortèges de cocus groupent des hommes mariés. De recrutement plus large encore, puisque tous les hommes y participent, sont les processions de Soufflaculs, appelés Bouffés dans le Midi (du vieux français buffer, qui signifie souffler). Bien connus dans le Jura, le Centre, la Provence et surtout dans l’Hérault, les Soufflaculs sortent en général le mercredi des Cendres. Ils sont vêtus d’une longue chemise blanche de femme et coiffés d’un bonnet de nuit ; ils dansent à la queue leu leu en soufflant au derrière de celui qui les précède avec un soufflet de cuisine ; ils entonnent des chansons dont le refrain est : Boffa-li al quiou (Souffle-lui au cul). La danse des Soufflaculs est apparentée aux cortèges de fous, dont le soufflet est l’un des attributs : les fous s’en servent pour se souffler entre eux au derrière, mais aussi au cul des ânes lors des chevauchées à rebours des maris battus ou cocus. Ils rappellent aussi les danses de cocus évoquées par les chansons. Ces rondes, qui s’élargissent d’un nouveau membre à chaque refrain (Dernier venu, va-t-en chercher un autre…), reposent sur le grand principe du cocuage, selon lequel les cocus (i.e. les hommes) se reproduisent entre eux. Tel est bien le cas des soufflaculs, solidement liés entre eux par leur geste, ainsi que le traduit la chanson suivante : Souffle-lui au cul, je te souffle, je te souffle - Souffle-lui au cul, je te soufflerai au tien. Dans certaines localités de l’Hérault, le cocu apparaissait en personne, comme à Saint-Gervais où il était personnifié par un âne à qui l’on chantait : Soufflez-lui au cul - Il est cocu. A Marseillan, le cortège de soufflaculs était précédé de Mestre Pière, un grand diable à perruque blanche, armé d’une seringue de cheval destinée à arroser les gens ; la chanson disait : Buffo ié aou cuou, à Mestre Pière - Buffo ié aou cuou, quès un couguou.

17 Les soufflaculs semblent déguisés en femmes pour mieux se reproduire. Leur geste, leur instrument et leur cible, font de cette danse une parodie de sodomie. Crime majeur, certes, mais moins grave dans la conscience populaire si l’homme n’abandonne pas son rôle actif. Pour conserver sa nature de mâle, il faut donc éviter de se faire sodomiser. Tel paraît être le sens de la Danse du feu aux fesses, attestée un peu partout dans l’Hérault et les Pyrénées-Orientales. Les jeunes gens, déguisés en femmes comme dans la danse des Soufflets, ont un tortillon de papier accroché au bas de leur chemise. Ils tiennent à la main une bougie et défilent à la queue leu leu. Le jeu consiste à mettre le feu au papier du danseur qui précède, tout en échappant à la flamme de celui qui se trouve derrière.


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